Il est des trajets que l’on effectue un nombre incalculable de fois. Expression toute faite parmi d’autres. Autour de chez moi, je crois que je connais tout, voilà ce que je voulais dire. On fait un tour? Un tour du pâté de ma maison?
Je sors, ferme à clef. Alors que je m’apprête à ouvrir le portillon, le muguet s’invite dans mes cheveux offrant des prises bouclées; du lichen s’y dépose. Grincement du portillon. Le chien du voisin est monté sur le muret d’en face.
Il regarde au bas du mur, puis mes yeux, puis le bas du mur. Jamais assez courageux pour sauter. Quoiqu’il pourrait se faire mal, l’animal. Des lampadaires bordeaux sales.
Un muret qui s’effondre à mesure que le temps passe et que ses pierres pèsent les unes sur les autres en se déchaussant. Il s’émiette, ce mur. Plaine bordée d’arbres que je ne saurais identifier. La même maison que la mienne, le même modèle, mais tourné: ce pignon sur la rue débouche chez moi sur mon jardin. Emma, la voisine du bout de la rue qui est née le même jour que moi est chez elle. Sa voiture est garée sur le bas côté, devant sa demeure. Vue sur la vallée de la Boivre:
Admirez… Prenez votre temps…
La forêt qui l’encercle est tranchée vive par cette horrible et bruyante rocade. Flot de voitures lancée, là-bas la vitesse maximale autorisée est 90 km/H, sauf dans le tournant: 70. Cela dit, pas de radar. C’est toujours ça de pris.
Le soleil se couche de l’autre côté de la montagne. Impossible à illustrer, mais en tous cas c’est plein de couleurs. Surtout des rouges. Avec le bleu du ciel, car il fait beau aujourd’hui, c’est stylé. Tiens, dans cette boîte aux lettres un copain avait jeté un emballage de gâteau une fois. "C’est l’facteur!", nous étions-nous réjoui. Mais bon, "ça s’fait quand même trop pas". Ce garage est ouvert, d’habitude. Un tandem accroché en hauteur à l’intérieur, sous une couve
rture grisâtre. A vendre? Non toujours pas. Nouvelle maison colorée de jaune tournesol. Vaudrait même mieux qu’il lui tourne le dos, le soleil. Vaudrait mieux. Mocheté.
Maison champignon, poussée en presque une nuit, peinte en jaune, détestée. A droite, chez les Sud-Africains, récemment arrivés. Montée vers le tabac. Chiante à vélo. Mais faut pas flancher devant les copains alors on pousse sur les pédales et on sue dans le t-shirt. Ils étaient sympas ceux qui habitaient là. Grands-parents de Nicolas. Petit giratoire, parc du 8 mai 1945, arrêt de bus. Re-rue de la maison. Chez les ***. Ils sont gentils et ça se voit rien qu’à leurs volets bleus, c’est réducteur bien sûr.
Puis l’hortensia de la maison, mal taillé sur le dessus. Du bois autour de la maison. Économie d’énergie. Mais pas sur la photo. Panneaux solaires sur le flan gauche. Économie d’énergie. Mais pas en février.





19 mai 2011 at 1:38
ce qui est surprenant, c’est que tout l’effort (sur notre monde occidental) des "Google Cars", c’est pour nous donner représentation jusqu’à l’infime de notre réel – et ici, la présence, la proximité restent l’apanage du texte, tandis que les photos, justement parce qu’associées au texte qui va plus loin qu’elles, en font une imagerie d’Épinal, abstraite, presque un conte, où personne n’habite
19 mai 2011 at 1:50
Très belle approche de Google Street View. J’en profite pour vous signaler le site et le groupe Facebook sur ce thème et le texte qui est à l’origine de ce travail : Pourquoi vouloir voir le monde en vrai ?
http://www.liminaire.fr/spip.php?article1176
http://letourdujour.tumblr.com/
Bel atelier et amical salut à François… Ce que c’est bien les ateliers de création…
19 mai 2011 at 1:53
Un pâté sous la neige c’est un pâté quand même.
A vélo c’est plus beau.
ça a l’air sympa vers chez toi. enfin dit comme ça, ça à l’air sympa. malgré le jaune qui n’a pas l’air si moche. enfin vu de là ça a pas l’air si moche. Mais dis comme ça, je sais pas. Curieux dilemme.
20 mai 2011 at 5:20
[...] (ici), de [...]